« Ulysse from Bagdad », d’Eric-Emmanuel Schmitt


Vous parler de l’actualité, c’est sympa, mais
1/ Vous avez Le Monde, Rue 89 et consorts pour vous informer
2/ C’est un chouia répétitif ces derniers temps… La retraite, les grèves, MEDEF, Sarkozy, CFDT, Mélenchon, la retraite, CGT, la grève, la SNCF, le carburant, Fillon, la grève… OVERDOSE !!!!
3/ Quand on prend un peu de recul, on se rend compte qu’il y a des sujets tout aussi importants dont on oublie de se soucier, tout pris que l’on est dans l’actualité du moment.

C’est d’un sujet qui me parait tout aussi important que l’âge de départ à la retraite ou l’état des pompes à essence dont j’ai envie de parler aujourd’hui…

Tout part de l’excellent roman « Ulysse From Bagdad » d’Eric-Emmanuel Schmitt.
Vous en avez peut-être entendu parler, il me semble le voir tous les jours dans le métro ces derniers-temps (mais peut-être que je fais une fixette…).

L’histoire? Celle de Saad Saad, un jeune homme irakien qui décide d’émigrer pour échapper à un futur sans espoir en Irak…
Saad Saad, c’est un Irakien, mais ça pourrait être un Mexicain tentant de passer aux Etats-Unis, un Sénégalais rêvant d’émigrer en France, Saad Saad c’est une personne, et lire ce livre – même s’il ne s’agit que d’une fiction -, c’est découvrir un être humain avec ses espoirs, ses peurs, ses doutes, sa souffrance et ses joies, c’est découvrir ce dont on se doute mais qu’on n’ose se dire parce que ça remettrait tout en cause : l’immigrant, ça pourrait être vous et moi.

Dur de faire mieux qu’Eric-Emmanuel Schmitt, je vous laisse donc avec un extrait de ce roman dur et plein d’espoir à la fois.

« Moi, le clandestin, je leur rappelle cela. Le vide. Le hasard qui les fonde. A tous. C’est pour ça qu’ils me haïssent. Parce que je rode dans leurs villes, parce que je squatte leurs bâtiments désaffectés, parce que j’accepte le travail qu’ils refusent, je leur dis, aux Européens, que j’aimerais être à leur place, que les privilèges que le sort aveugle leur a donnés, je voudrais les acquérir : en face de moi, ils réalisent qu’ils ont de la chance, qu’ils ont tiré un bon numéro, que le couperet fatal leur est passé au ras des fesses, et se souvenir de cette première et constitutive fragilité les glace, les paralyse. Car les hommes tentent, pour oublier le vide, de se donner de la consistance, de croire qu’ils appartiennent pour des raisons profondes, immuables, à une langue, une nation, une région, une race, une histoire, une morale, une histoire, une idéologie, une religion. Or malgré ces maquillages, chaque fois que l’homme s’analyse, ou chaque fois qu’un clandestin s’approche de lui, les illusions s’effacent, il aperçoit le vide : il aurait pu ne pas être ainsi, ne pas être italien, ne pas être chrétien, ne pas… Les identités qu’il cumule et qui lui accordent de la densité, il sait au fond de lui qu’il s’est borné à les recevoir, puis à les transmettre. Il n’est que le sable qu’on a versé en lui ; de lui-même, il n’est rien. »

Pour en lire plus, cliquez ici ou alors .

Bref, voilà un sujet dont on aimerait entendre parler plus souvent dans l’actu.
Je me souviens d’un de mes tous premiers post ici, j’avais entendu parler des migrants Afghans qui passaient l’hiver au bord du canal St-Martin dans l’indifférence quasi générale… Près d’un an a passé mais on peut dire que rien n’a changé, ni les obstacles qui se dressent en face des aspirants à l’exode, ni les préjugés et idées reçues autour de l’immigration… Ce roman ne règle rien, mais il a le mérite de mettre les choses en perspective et de rappeler ce qu’il est aisé d’oublier… L’immigrant est peut-être un coût, peut-être une charge pour la société, mais il est avant tout un homme.

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3 Commentaires

Classé dans Livres

3 réponses à “« Ulysse from Bagdad », d’Eric-Emmanuel Schmitt

  1. Pingback: Tweets that mention Ulysse from Bagdad | Chroniques de Mestizaje -- Topsy.com

  2. Merci beaucoup Mestizaje pour cette revue ! C’est vrai que nous ne sommes que sable. Tiens, cette image du sable me donne une idée pour un certain désert à 9 étoiles ! En tout cas, l’extrait est judicieusement choisi et tu m’as donné envie de lire ce livre… si j’arrive à le trouver à Tokyo. 😉

    • Merci pour ce commentaire Jean-Philippe ! Je suis bien contente d’avoir réussi à te donner envie de lire ce roman ! J’espère qu’il te plaira autant qu’à moi !

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