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« Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows


 

J’ai bien conscience d’avoir un peu cassé l’ambiance hier avec mon livre d’Emmanuel Carrère. Comme je vous l’ai dit, c’est beau mais ce n’est pas à proprement parler empreint d’une grande gaieté.
Du coup, j’ai eu envie de rattraper le coup en vous conseillant un autre livre que je viens de dévorer et qui est beaucoup plus léger : « Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates », de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows.

Bon, là, ceux qui suivent un peu les sorties littéraires doivent se dire « Youpi, elle nous chronique les sorties de 2009 deux ans après tout le monde, très utile ! » … et ils ont raison.

Le fait est que je n’aime pas acheter des livres en format broché parce que je ne sais pas comment les ranger au milieu de mes poches, ils pèsent trop lourd pour être lus confortablement en position allongée et en plus j’ai un tout petit sac à main où seul un petit format peut trouver sa place. Bref, quand un roman sort et que j’ai envie de le lire, j’attends la sortie poche, et tant pis si ça doit prendre deux ans.

…Tout ce loooooong laïus pour expliquer pourquoi, malgré ma curiosité éveillée depuis de longs mois, je n’avais toujours pas lu ce délicieux petit bouquin.
« Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » c’est l’histoire de Juliet Ashton, jeune auteur britannique en mal d’inspiration dans le Londres de l’après-guerre, qui reçoit un jour une lettre d’un certain Dawsey, fermier de son état, résidant à Guernesey, qui lui parle – entre autres – d’un Cercle littéraire au nom étrange (je ne vous fais pas un dessin, c’est le fameux Cercle littéraires des amateurs…). Piquée de curiosité, Juliet lui répond et finira par correspondre avec toutes une bande de bibliophiles extravagants, réunis en Cercle littéraire pour cacher aux soldats Allemands un festin à base de cochon rôti.
Cela vous semble compliqué ? Rassurez-vous, ce petit roman épistolaire se lit tout seul et je peux vous garantir qu’il remonterait le moral des plus déprimés !

 

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« D’autres vies que la mienne », Emmanuel Carrère


« D’autres vies que la mienne » est un récit bouleversant.

Le pitch ?
Emmanuel Carrère est en vacances au Sri Lanka avec sa petite amie Hélène quand soudain, l’Asie du Sud-Est est dévastée par un tsunami. Nous sommes en décembre 2004. Eux sont indemnes, mais un couple d’amis perd leur petite fille de 4 ans, Juliette. Quelques mois plus tard, c’est une autre Juliette, la soeur d’Hélène, qui décède d’un cancer à 33 ans, et laisse derrière elle un mari et trois petites filles.
Emmanuel Carrère décide alors, encouragé par le grand-père de la fillette décédée, de prendre la plume pour raconter la vie des autres ; la vie de ce couple qui perd son enfant ; les vies de Juliette et d’Etienne – son collègue et ami – tous deux juges dans un tribunal d’instance de Vienne ; les vies d’Emilie, Clara et Diane, ces trois petites filles qui grandiront sans leur mère…

C’est bouleversant. Bouleversant parce que tout est vrai. Bouleversant parce que ces personnages, des vrais gens, sont magnifiques tout en étant nuancés et nous donnent envie d’être à leur hauteur.  Bouleversant parce qu’à aucun moment, l’auteur ne cherche à en faire trop, à en rajouter dans le pathos, à surjouer la douleur.
Non, il se pose là, observe et nous conte avec délicatesse d’autres vies que la sienne, et on clôt ce livre dans le même état d’esprit que l’auteur, avec une envie d’être heureux, d’arrêter de se regarder le nombril et de savourer ce qui est.

Un grand livre dont je vous recommande la lecture.

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« Ulysse from Bagdad », d’Eric-Emmanuel Schmitt


Vous parler de l’actualité, c’est sympa, mais
1/ Vous avez Le Monde, Rue 89 et consorts pour vous informer
2/ C’est un chouia répétitif ces derniers temps… La retraite, les grèves, MEDEF, Sarkozy, CFDT, Mélenchon, la retraite, CGT, la grève, la SNCF, le carburant, Fillon, la grève… OVERDOSE !!!!
3/ Quand on prend un peu de recul, on se rend compte qu’il y a des sujets tout aussi importants dont on oublie de se soucier, tout pris que l’on est dans l’actualité du moment.

C’est d’un sujet qui me parait tout aussi important que l’âge de départ à la retraite ou l’état des pompes à essence dont j’ai envie de parler aujourd’hui…

Tout part de l’excellent roman « Ulysse From Bagdad » d’Eric-Emmanuel Schmitt.
Vous en avez peut-être entendu parler, il me semble le voir tous les jours dans le métro ces derniers-temps (mais peut-être que je fais une fixette…).

L’histoire? Celle de Saad Saad, un jeune homme irakien qui décide d’émigrer pour échapper à un futur sans espoir en Irak…
Saad Saad, c’est un Irakien, mais ça pourrait être un Mexicain tentant de passer aux Etats-Unis, un Sénégalais rêvant d’émigrer en France, Saad Saad c’est une personne, et lire ce livre – même s’il ne s’agit que d’une fiction -, c’est découvrir un être humain avec ses espoirs, ses peurs, ses doutes, sa souffrance et ses joies, c’est découvrir ce dont on se doute mais qu’on n’ose se dire parce que ça remettrait tout en cause : l’immigrant, ça pourrait être vous et moi.

Dur de faire mieux qu’Eric-Emmanuel Schmitt, je vous laisse donc avec un extrait de ce roman dur et plein d’espoir à la fois.

« Moi, le clandestin, je leur rappelle cela. Le vide. Le hasard qui les fonde. A tous. C’est pour ça qu’ils me haïssent. Parce que je rode dans leurs villes, parce que je squatte leurs bâtiments désaffectés, parce que j’accepte le travail qu’ils refusent, je leur dis, aux Européens, que j’aimerais être à leur place, que les privilèges que le sort aveugle leur a donnés, je voudrais les acquérir : en face de moi, ils réalisent qu’ils ont de la chance, qu’ils ont tiré un bon numéro, que le couperet fatal leur est passé au ras des fesses, et se souvenir de cette première et constitutive fragilité les glace, les paralyse. Car les hommes tentent, pour oublier le vide, de se donner de la consistance, de croire qu’ils appartiennent pour des raisons profondes, immuables, à une langue, une nation, une région, une race, une histoire, une morale, une histoire, une idéologie, une religion. Or malgré ces maquillages, chaque fois que l’homme s’analyse, ou chaque fois qu’un clandestin s’approche de lui, les illusions s’effacent, il aperçoit le vide : il aurait pu ne pas être ainsi, ne pas être italien, ne pas être chrétien, ne pas… Les identités qu’il cumule et qui lui accordent de la densité, il sait au fond de lui qu’il s’est borné à les recevoir, puis à les transmettre. Il n’est que le sable qu’on a versé en lui ; de lui-même, il n’est rien. »

Pour en lire plus, cliquez ici ou alors .

Bref, voilà un sujet dont on aimerait entendre parler plus souvent dans l’actu.
Je me souviens d’un de mes tous premiers post ici, j’avais entendu parler des migrants Afghans qui passaient l’hiver au bord du canal St-Martin dans l’indifférence quasi générale… Près d’un an a passé mais on peut dire que rien n’a changé, ni les obstacles qui se dressent en face des aspirants à l’exode, ni les préjugés et idées reçues autour de l’immigration… Ce roman ne règle rien, mais il a le mérite de mettre les choses en perspective et de rappeler ce qu’il est aisé d’oublier… L’immigrant est peut-être un coût, peut-être une charge pour la société, mais il est avant tout un homme.

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Washington Confidential


Je vous avais promis une chronique qui donne envie de se ruer en librairie… et je sens que vous autres, lecteurs, pensez qu’il s’agit d’un roman complètement dingue, qui te fait regarder ta montre à 2h du matin et te dire « bon j’arrête là, faut vraiment que j’arrête, je vais jusqu’à la fin du chapitre… »

Eh bien NON.

Je veux vous parler d’un ESSAI. D’un essai qui parle des coulisses du pouvoir à Washington, DC.

J’en vois déjà qui partent en courant, pendant que les autres se mettent à crier « Remboursez! Remboursez! » mais bon, c’est mon blog, tout de même.

Qui plus est, Washington Confidential de Patrick Sabatier est un essai vraiment captivant, qui se lit comme un roman. L’auteur, qui est journaliste (N.B. pour les jeunes padawans qui, comme moi, ont confondu initialement avec l’animateur télé), a un style très facile à lire et c’est donc un régal. Oui, oui, un régal.

Comme son nom l’indique, Washington Confidential parle de Washington, DC.

On y apprend tout, tout, tout sur la ville et sur les Etats-Unis de manière générale :

Comment Washington a été créée et par qui ?
Comment la ville s’est imposée parmi les villes américaines ?
Pourquoi la ville est l’une des plus riches du pays ?
Qui bénéficie de la guerre ?
Que s’est-il passé au moment de la crise financière ?
Qui est donc Fannie Mae ?
Comment ça marche le lobbying ?
Quels sont les principaux scandales qui ont secoué la ville ?

On y découvre aussi des portraits de Washingtoniens qui nous racontent « leur » ville, leur job, leur vision de la vie : cela va du juge de la Cour Suprême incorruptible au lobbyiste en passant par l’évangéliste ami de George W. Bush.

Bref, un livre auquel on ne pense pas forcément quand on va trainer à la Fnac un samedi après-midi, et pourtant extrêmement intéressant, bien construit, facile à lire, pas cliché.

J’ai beau avoir passé un semestre d’études aux Etats-Unis l’année dernière… j’ai l’impression d’en avoir plus appris sur le pays à travers la lecture de ce livre qu’au travers de mon expérience là-bas. (En même temps je ne risquais pas d’en découvrir énormément sur les coulisses du pouvoir en sirotant des milkshakes devant des matchs de basket universitaire…)

En tous cas, bonne lecture à ceux qui se laisseront tenter !

Coming soon, une tribune enflammée sur le thème, peu courant ces derniers temps, de l’Identité Nationale.

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