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Mademoiselle, la case en trop !


Ne vous êtes-vous jamais demandé, Mesdames, pourquoi, dans les formulaires administratifs, on vous demandait systématiquement de choisir entre une case « Mademoiselle » et une case « Madame » ; tandis que nos amis garçons n’avait pour seule option que la case « Monsieur » ? Étonnant, comme si notre statut marital intéressait EDF ou notre banquier ; alors qu’ils appellent par courrier Monsieur un jeune garçon de 5 ans.

C’est cette aberration que dénoncent les associations féministes « Osez le féminisme » et les « Chiennes de Garde » dans une campagne intitulée « Mademoiselle, la case en trop ! ».

Pour les deux associations, et je les rejoins entièrement, cette distinction entre les deux appellations est à la fois inutile et sexiste.

  • Inutile car quand une administration a besoin de connaître le statut marital d’une personne, elle le demande par une question dédiée.
  • Discriminatoire surtout, car le terme mademoiselle réfère étymologiquement à une jeune fille non mariée. Sommes-nous donc encore à l’époque où une femme passait de l’autorité de son père à celle de son mari ? Non, c’est une évidence que de le dire, alors pourquoi diable devoir encore, en 2011, donner cette précision sur son statut marital ? Pourquoi existe-t-il une différence sur cette question entre hommes et femmes, étant entendu que les hommes sont des Monsieur depuis le jour de notre naissance ? Existe-t-il une règle dont je n’ai pas entendu parler qui fasse que je ne me définis clairement en tant que femme que le jour où je me marie ?

Si j’en parle aujourd’hui, c’est pour deux raisons.
La première, c’est que je crois à la pertinence de ce débat.
La seconde, c’est qu’il subit des attaques complètement ridicules, de la part d’hommes peut-être, mais surtout de femmes !

L’argument que j’entends et lis partout depuis ce matin est que ce débat est risible car « elles n’ont pas d’autres sujets plus importants ces connes de féministes ? »…

Déjà, première remarque, je ne vois pas l’intérêt de faire une hiérarchie des débats qui auraient le droit de cité sur le sujet des femmes : sous prétexte qu’il y a des femmes battues, je ne peux pas aborder la question des inégalités de salaires ? comme il persiste des inégalités de salaires, je ne peux pas critiquer le fait que l’on persiste à créer des jouets sexistes (une copine est encore tombée il y a quelques jours dans un supermarché sur une « balayette pour fillette », je vous laisse apprécier) ? Cette hiérarchisation des problèmes est stupide : il faut tous les attaquer et la gravité de l’un ne minimise pas celle de l’autre.

Ensuite, je pense que les mots ont un sens et un impact : il est à mon avis faux de dire « oui mais le terme mademoiselle fait uniquement référence à la jeunesse de celle qui le porte, pas à son statut »… Dans l’usage quotidien, oui, mais dès qu’il s’agit de remplir un formulaire, c’est rigoureusement faux ! Cela induit de manière insidieuse la distinction non mariée/mariée; et l’idée qu’une femme change de statut par le mariage tandis qu’un homme reste égal à lui-même de la naissance à la mort. De la même manière qu’offrir un bouquin « Lola, petite princesse » à une gamine quand on offre à son frère « Théo, petit astronaute » ; c’est envoyer insidieusement à des enfants un message sur leur place dans la société !

Ce qui m’afflige dans ce débat, c’est la stérilité des arguments des personnes opposées à cette campagne. Certains n’en perçoivent pas l’intérêt – j’aimerais bien qu’ils tombent ici et m’expliquent dans les commentaires leur point de vue – d’autres nous assènent qu’elles aiment être appelées Mademoiselle parce que Madame « ça fait daronne, femme soumise à son époux »…(je préfère ne même pas répondre à ça, si on doit juger de l’esthétique d’un mot ou des rapports névrotiques de certaines filles à leurs mères, on est pas sorti de l’auberge).
Espérons juste que cette campagne touche son but, qu’enfin l’Etat oblige les administrations et entreprises à respecter la loi qui depuis 40 ans autorise les femmes à ne pas avoir à se prononcer sur leur statut marital… De mon point de vue, c’est un « combat » qui est capital et qui serait facile à gagner si toutes les femmes en percevaient le sens profond.

Si ça vous intéresse, je vous ajoute quelques liens ci-dessous :

http://www.osezlefeminisme.fr/article/lancement-de-la-campagne-mademoiselle-la-case-en-trop
http://www.madameoumadame.fr/
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/197213;mademoiselle-taisez-vous-la-reponse-simpliste-a-la-campagne-d-osez-le-feminisme.html
http://www.madmoizelle.com/madmoizelle-feministe-62320

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Faut-il des « français traditionnels » pour parler de Diversité ?


Mercredi dernier, le sénateur UMP Gérard Longuet faisait réagir la France entière en expliquant que la nomination de Malek Boutih à la tête de la HALDE n’était pas une bonne idée car il faudrait plutôt un « français traditionnel », type Louis Schweitzer. Aussitôt, cette sortie a suscité des réactions enflammées, rappelant son parcours, son engagement il y a quarante ans dans un groupe d’extrême droite, etc… Je ne vous fait pas une redite de l’histoire, même moi qui n’ai pas la télé et n’écoute pas beaucoup la radio, je n’ai pas pu y couper, donc j’imagine que vous êtes tous parfaitement au courant.

Au-delà de ce cas particulier, cette histoire m’a fait réfléchir car elle fait écho à une énorme engueulade que j’ai eu avec un collègue il y a quelques jours.
Il se trouve que je travaille au sein d’une équipe « Promotion de la Diversité », composée quasi exclusivement de POC (les « people of color » de nos amis américains).
Le collègue en question m’assène lors d’un déjeuner : « De toutes façons, la composition de l’équipe est ridicule, ça sent l’opération de com’, il n’y a que des noirs ! ».
Ce à quoi je réponds, passablement agacée parce que ce n’était pas la première fois qu’il me disait cela : « Est ce que cela signifie pour toi que Truc, Machine, Chose et moi n’avons pas la compétence nécessaire pour faire notre boulot ? Penses-tu que nous devons ce travail uniquement à notre couleur de peau ? ».

Je vous passe la suite de la discussion, qui a très vite dégénéré, notamment parce que, même si je percevais le fait que d’un point de vue stratégique, affecter uniquement des gens de couleur à l’équipe diversité est peut-être peu judicieux, je savais que les gens de l’équipe avaient : 1/ un vrai intérêt pour le sujet et 2/ une vraie compétence également.
De mon point de vue, son argument, même s’il ne tenait pas du racisme mais plus d’une question de ressources humaines en termes de composition d’équipe, était choquant car il consistait à définir une personne d’abord par sa couleur de peau. Alors que pour moi, que ma chef vienne du Sénégal et ma collègue de Guadeloupe m’est complètement indifférent,puisqu’elles sont passionnées par le sujet, efficaces et sympa.

Dans le débat Gérard Longuet / HALDE / Malek Boutih, je crois que la question est exactement la même.
Peut-être que Gérard Longuet est raciste, je ne le connais pas personnellement et ne peut en juger. Toujours est-il que je comprends ce qu’il a voulu dire par « il faudrait un français traditionnel » : en termes d’image, une fois de plus, le message est effectivement plus fort si c’est un homme/blanc/non discriminé qui porte le message de la Diversité. Si, au contraire, s’installe à la tête de la HALDE une femme/un noir/un handicapé, on le soupçonnera toujours de rechercher son intérêt personnel, de ne porter le message que parce qu’il le sert… Je pense que c’est cela, la crainte de Gérard Longuet (avec le fait que Malek Boutih soit de gauche, mais bon, si on rentre dans ce débat, on s’écarte du sujet).

Je peux comprendre l’argument, mais il continue néanmoins à me choquer, tout comme mon collègue m’a choqué lors du déjeuner que j’évoquais plus haut :

– Si on ne veut que d’un « français traditionnel » à la tête de toutes les instances dédiées à la promotion de l’égalité, de la diversité et de la lutte contre les discriminations… est-ce à dire que jamais les femmes, les noirs, les maghrébins, les handicapés, les gays y auront accès ? Du coup on les discrimine de peur que le message de la non-discrimination ne passe pas bien ! Très efficace !

– Si on continue, encore et encore, à définir un « français traditionnel » et des « français non-traditionnels », la société n’avancera jamais !
Malek Boutih est né en France, il est français, point final. Ca veut dire quoi, traditionnel, non traditionnel ? Et est-ce qu’il y a des français « non-traditionnels » un peu plus traditionnels que d’autres ? Les descendants d’immigrés Italiens, Espagnols, Polonais sont-ils plus traditionnels que les descendants de Sénégalais et de Marocains ?
Non,  si l’on veut que cette société change, il va falloir enfin juger les gens sur leur compétence en faisant fi de leur origine ! Malek Boutih est-il apte a gérer la HALDE ? Si oui, donnez-lui la HALDE à gérer et jugez-le sur ses résultats.

– Par ailleurs, la société change aussi avec ce qu’on lui donne à voir. Des études ont prouvé (je n’ai plus la source mais je peux vous la retrouver) qu’on trouvait beau ce qu’on avait vu étant bébé. Un enfant grandissant dans une famille danoise verra le monde avec des critères de beauté qui lui sont propres, pareil en Inde, pareil au Guatemala. De même, on trouve également légitime ce que l’on a vu enfant.
Un enfant américain qui aura grandit sous la présidence d’Obama aura du mal à comprendre et à accepter un discours du type « les Noirs sont destinés à être nos serviteurs muhahaha » puisqu’il aura vu que le chef de son état est lui-même Noir.
Bref, pour en revenir à Malek Boutih, mais également à tous les représentants des minorités visibles, invisibles, aux femmes également ; plus nous en verrons, aux plus hauts niveaux, plus notre (je dis notre, je parle de la société hein) regard changera. Jusqu’à ce qu’un jour, on n’évoque plus la couleur des gens quand on retrace leur parcours. Parce que cela ne semblera plus un critère pertinent.

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